Qu’est-ce que la musique ? Un art du son ? Que penser de ces dizaines de musiques  entièrement composées de silence, alors ? Cette vidéo est la 3e d’une série d’un petit cours dédié au solfège. Bon visionnage !

Une tentative de définition de la musique

Qu’est-ce que la musique ? Pas facile comme question…

Demandez à quelqu’un de définir la musique, on vous dira sûrement que c’est quelque chose qui s’écoute. A la télé, à la radio, sur internet… Que c’est une activité culturelle que l’on fait seul ou en groupe. Qui implique une voix ou des instruments. Que c’est quelque chose d’esthétique. De plaisant, ou au contraire de bruyant…

“La musique, c’est du bruit qui pense.”
Victor Hugo, poète romantique français du XIXe siècle

On peut même affirmer sans prendre de risque que La musique est l’art du son.

Mais est-ce vraiment le cas… ?

Des œuvres silencieuses

Saviez-vous qu’il existe une oeuvre dont la partition n’est composée uniquement que de silence ?

Cette oeuvre de John Cage, un compositeur de musique contemporaine, expérimentale et minimaliste, a été interprétée pour la première fois le 29 août 1952. Elle demeure controversée encore aujourd’hui et est perçue comme une provocation de la définition même de la musique.

John Cage considérait que (je cite) « le silence est une vraie note », le silence désignant l’ensemble des sons non voulus par le compositeur. John Cage eu l’ambition de dépasser les limites expressives de la partition en laissant les bruits environnants dénués d’intention musicale s’intégrer dans l’oeuvre. Créant ainsi une ambiance sonore générée aléatoirement par tous ces bruits.

Tousser en plein concert classique n’est alors plus perçu comme une grossière pollution sonore perturbant audiophiles et interprètes, mais devient un élément sonore que l’on écoute et qui intègre complètement la performance de l’oeuvre.

Remarquez que puisque le bruit des activités environnantes devient un véritable matériau musical pour le compositeur, le silence (le vrai silence, total) ne peut par définition plus exister.

4’33 » est en fait une invitation à l’écoute savoureuse de cette activité environnante qui ne s’arrête jamais.

Et John Cage n’est pas le seul à s’être intéressé au silence, plein d’autres musiques utilisent le silence comme principal matériau. Je peux citer par exemple :

  • La Marche funèbre composée pour les funérailles d’un grand homme sourd, du journaliste écrivain et humoriste Alphonse Allais, écrite en 1897 bien avant le mouvement de la musique minimaliste
  • la suite pour piano Fünf Pittoresken du compositeur Erwin Schulhoff en 1919, dont le 3e mouvement In futurum composé de rythmes silencieux complexes
  • la Symphonie Monoton-Silence, d’Yves Klein, composée en 1949, dont le premier mouvement fait tenir un accord de ré majeur à tout un orchestre symphonique en continu pendant 20 minutes, suivie d’un silence de 20 autres minutes.
  • ou encore Korn, groupe de Nu metal, avec leur album Follow The Leader. Cet album contient 25 pistes dont les 12 premières ne sont constituées que 5 secondes de silence chacune, faisant des 60 premières secondes de l’album une minute de silence.

Et oui, le silence fait partie intégrante de la palette expressive des musiciens. Il a même droit à ses propres symboles sur la partition que l’on appelle…

Les figures de silence

Les silences sont donc des symboles qui indiquent l’interruption d’un son émit par le jeu du musicien.

image des figures de silence

De la même manière que les figures de notes, les figures de silences s’organisent selon la durée qu’ils expriment.

  • Il y a le soupir, ce silence exprime une durée modérément courte. Pour écourter cette durée, on utilisera…
  • le demi-soupir, qui comme son nom l’indique est 2 fois moins longue qu »un soupir. Il faut ainsi juxtaposer deux demi-soupir pour créer une durée d’un soupir.
  • on peut aller plus loin avec le quart de soupir
  • le huitième de soupir
  • le seizième de soupir
  • ou encore le trente-deuxième de soupir

Il est possible de rencontrer le soupir sous une autre forme. En effet, ce dernier fut autrefois représenté comme un demi-soupir avec un crochet à droite. Mais il est préférable de ne pas utiliser cet ancien symbole, pour éviter de le confondre avec celui du demi-soupir moderne.

  • Pour exprimer une durée plus longue qu’un simple soupir, on utilisera la pause. Par convention, cette durée équivaut à 4 soupirs.
  • Il existe aussi la demi-pause qui équivaut à deux soupirs.
  • Enfin, vous pourrez aussi rencontrer occasionnellement une dernière figure : le bâton de pause. Cette figure de silence est deux fois plus longue que la Pause.

On peut ainsi faire un parallèle entre les durées de figures de notes et de silences. La durée du soupir équivaut donc à celle de la noire ; et celle de la pause à celle de la ronde, par exemple.

tableau de comparaison de la durée des notes et des silences

Remarquez sur ce tableau le bâton de pause qui nous suggère l’existence d’une figure de note supplémentaire.

Eh oui, dans la première vidéo de ce petit cours, je ne vous ai pas présenté la carrée. Une figure de note très peu utilisée depuis le XVIIe siècle et qui symbolise une durée égales à deux rondes.

Pour vous donner une idée plus claire de toutes ces équivalences, jouons en même temps deux portées. L’une comportant des notes, l’autre des silences.

partition d'un petit motif au piano életrique

La fonction du silence en musique

Selon la manière dont un compositeur l’exploite dans sa musique, le silence peut exprimer des choses très différentes :

  • Respiration
    • Bien sûr, c’est à ça que sert le silence avant tout. Il est principalement utilisé pour articuler/aérer un phrasé musical, à l’image de la virgule ou du point. Le silence peut ainsi ralentir ou dynamiser le mouvement d’un phrasé.
  • Mise en valeur rythmique
    • Exploité dans les syncopes ou avec certains accents, le silence peut rendre un phrasé plus incisif, plus nerveux et dynamique.
  • Formelle
    • Typiquement, le silence encadre le début et la fin d’un oeuvre, c’est à lui que l’on fait appelle lorsque l’on veut introduire un morceau. Au cinéma, c’est l’équivalent de l’écran noir avant le début film. On l’utilisera aussi pour séparer les différents mouvements d’une oeuvre. Dans ce cas, la fonction du silence est de structurer et de rendre le propos plus compréhensible.
  • Dramatique
    • Utilisé comme suspension, comme interruption, comme respiration retenue, comme élément rendant une avancée difficile, par exemples ; le silence peut devenir un élément narratif majeur. Il met alors en valeur l’action et peut insuffler la vie à un phrasé musical trop mécanique.

Une fameuse citation de Miles Davis nous l’enseigne :

“La véritable musique est le silence et toutes les notes ne font qu’encadrer ce silence.”
Miles Davis, compositeur et trompettiste de jazz américain

Conclusion

Voilà qui nous fait avancer dans la recherche de notre définition de la musique. Car nous voyons maintenant apparaître petit à petit une nouvelle vérité : la musique n’est pas simplement un art du son ; la musique est l’art d’entremêler sons et silences.